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Deux coureurs de Bon Pied Bon Oeil ont participé aux 100 Km de Millau.

Un grand bravo à notre président Bernard finisher pour sa première participation en 16H36M10S.

Une performance de plus pour Jean-Noël, qui établie pour sa septième participation, son record en 09H24M25S avec une belle 50ème place à la clé.

Le temps du premier : 07H12M59S.

Le club de Bon Bied Bon Oeil compte maintenant, dans ses rangs, 6 cent bornards.

 


Le récit de Bernard :

Courir 100km. Mais comment une telle idée peut-elle germer dans la tête d’un coureur ? C’est quand même un peu fou ; et les commentaires des uns et des autres à leur découverte de ce projet ne font que confirmer cette impression.

Tout commence lors d’un repas avec un couple d’amis dans le courant de l’été 2009 : lui, qui avait fait les 100km de Millau, et son épouse, l’accompagnant en vélo, me disent que c’est un objectif  accessible. Et même si ça ressemblait à un de ces paris de fin de soirée qu’on peut regretter par la suite, je n’exclus pas l’idée pour autant.

Le marathon du Médoc viendra définitivement ancrer cette idée dans ma tête : un parcours bien maîtrisé  et une mise à profit de tous les arrêts me permettent d’arriver dans un état de fraîcheur, certes relatif, mais qui me laisse penser que je peux effectivement aller plus loin. Je me fais à cette idée mais je n’en parle qu’à peu de personnes autour de moi. Jean Pierre Artaud, mis dans la confidence lors du Relais des coteaux 2009, m’encourage et me propose un plan d’entraînement. Plus de doute, je vais le tenter ! Maryse n’est pas trop emballée par mon projet, craignant un accident. Mais bon,  elle me laisse y croire. Mes accompagnateurs (mon fils et le compagnon de ma fille) sont alors mes meilleurs avocats.

Survient alors une première complication : le club décide de faire le marathon de Berlin le même weekend et certains font un peu pression pour que j’y aille avec eux. L’idée est alléchante pourtant je suis convaincu qu’il faut que je fasse Millau cette année et pas une autre. Ils ignorent à quel point mon intention est ferme car je n’ai avoué mon objectif qu’au milieu de ma préparation vers la mi Août.

Je reprends le programme de Jean-Pierre et le cale avec mon calendrier. Il va falloir composer avec festivités estivales et autres activités peu compatibles avec la course-à-pied. Pas facile mais je vais faire avec. J’ai de toute façon jusqu’au 30 août pour m’inscrire.

Mi Juin, deuxième embuche : mon fils qui devait m’accompagner est victime d’une rupture d’un ligament croisé au genou nécessitant une intervention dans le courant de l’été. Premier forfait embêtant, mais c’est encore gérable.

La préparation se déroule, pas plus difficile que celle d’un marathon.

Et puis, troisième imprévu : mon deuxième accompagnateur est à son tour forfait pour des raisons professionnelles. Là, c’est le coup dur, ça se complique. Seul, c’est forcément impossible pour moi. Ma fille se propose aussitôt de m’accompagner. C’est sûr, elle  ne pourra pas tout faire mais Maryse est finalement elle aussi de la partie. Trop heureux d’avoir une solution de replis ! On affine la préparation.  On répète avec ma fille sur de longues sorties car il parait que c’est important de bien se coordonner avec son suiveur.

Quatrième contrariété, pendant la prépa : un problème de déshydratation se traduit par un phénomène que je n’avais jamais connu au cours de mes années de course (mais je ne vais pas rentrer dans les détails)  et qui me fait un peu peur. Je ne pense pas pourtant avoir forcé plus que d’habitude.

Fin de la préparation par des séances à vitesse lente dont l’intérêt m’échappe alors un peu, mais plus tard je comprendrais.

« Bon ! » me direz-vous, « et la course c’était comment ? » patience, si je passe autant de temps à décrire la préparation c’est que c’est un point très important.  Physiquement, un bon plan d’entrainement sur 10 semaines suffit. En revanche, je reste persuadé que mon acharnement depuis 12 mois à maintenir le cap malgré les vents contraires a contribué à renforcer mon mental pour tenir bon le jour J. Surtout, ne pas négliger la semaine  et les jours qui précédent, ils sont importants pour l’organisation : départ pour Millau pas trop tard la veille pour une bonne nuit à l’hôtel sans stress, et avec un maximum d’affaires de rechange et de vêtements chauds prévus dans la voiture (plutôt bien vu comme vous le verrez plus loin).

Le jour J :

Beaucoup de stress aux dires de ma femme et de ma fille. Malgré que j’ai déjà mon dossard depuis la veille, je ne pense qu’à une seule chose : passer au contrôle de départ dans les temps. Mais une fois sur place, que de monde ! Il y a donc autant de fous que ça ?  Je ne suis pas seul : 1600 partants pour le 100 km + 400 pour le marathon. Une fois le contrôle passé, regroupement de tous les coureurs suivi du traditionnel  défilé dans les rues de Millau derrière la fanfare pour rejoindre la ligne de départ. Malgré un ciel un peu inquiétant la météo reste bonne pour courir.

Fanfarre

10h : Départ pour l’inconnu, un peu comme mon premier marathon en 1998 sauf qu’à cette époque je n’avais pas eu la chance de bénéficier d’autant de conseils. Mon objectif est alors d’aller le plus loin possible sans me faire mal. Comme certains me l’ont dit « à Millau il faut partir lentement et puis ralentir». C’est à ce moment là que je comprends l’intérêt de mes dernières semaines de préparation. Tout le monde autour de moi va très lentement au départ et je peux me caler sur cette vitesse « de croisière » sans difficulté ni sentiment de sous-régime.

Au 4eme km, passage devant une statue de la vierge avec l’inscription « marie garde nous sur la route » certains à coté plaisantent « oui mais pas trop longtemps ». Pourvu qu’elle me garde en bon état peu importe combien de temps.

Profil de la 1ere boucle (marathon) :

Profil Marathon

J’approche du meneur d’  « allure 14h ». C’est séduisant d’arriver avant minuit d’autant plus que j’ai bien étudié les profils et que j’ai fait fonctionner Excel pour valider mes temps de passage. En théorie, j’en suis capable. Mais de la théorie à la pratique….Mais bon, ce qu’il me dit me rassure, il va s’arrêter à tous les ravitaillements et il veut passer au marathon en 5h20 ; exactement mes simulations ;  je le suis sans hésiter. Tout se passe bien, il alterne 10mn course et 1mn marche et il marche sur toutes les côtes, ça va très bien. Seul bémol : il s’arrête certes à tous les ravitaillements, mais il n’a pas les mêmes besoins que nous et il repart très rapidement.  Et assez vite, je me trouve comme d’autres obligé de choisir :  le suivre et abréger mes arrêts ou le laisser partir. Nous faisons le choix de le suivre. Pour ma part se sera  une erreur.

Tout se passe bien, jusqu’au semi marathon. Arrivé au village du Rozier, nous changeons de rive et le retour vers Millau n’est plus aussi plat que l’aller. Mais je continue à gérer en suivant le meneur d’allure, jusqu’au 31eme km  où le premier moment  de doute apparait. En effet lors du ravitaillement, je retrouve les mêmes symptômes que ceux  déjà connus lors de ma déshydratation en cours de préparation. Je fais rapidement un petit calcul, et je me rends compte que je n’ai même pas fait le tiers de la course. C’est sûr si je ne change rien, je n’irais pas bien loin. Je décide de laisser partir le meneur pour mieux me ravitailler, je bois 3 fois plus que nécessaire sur les ravitaillements du 31eme, 35eme et 40eme km où je me rends compte que mon problème d’hydratation a quasiment disparu.

Je passe au marathon en 5h21, et en bon état de fraicheur finalement. Mais le meneur d’allure que je suivais a du passer bien plus tôt que ce qu’il m’avait annoncé.

Arrêt Marathon

Je prends alors le temps de m’arrêter pour me faire masser. Il y a beaucoup de monde et notamment les coureurs du marathon qui eux en ont fini et ont donc tout leur temps. 25 minutes plus tard, je repars avec des jambes toutes neuves et des vetements secs.

Profil de la 2eme boucle

Profil 2ème boucle

Me voila parti pour une boucle de 58km avec ma fille qui m’accompagne en vélo. Je me dis qu’à partir de là ce n’est que du bonus  et que tous les km que je franchis me permettent d’améliorer mon record de distance. 47eme kilomètre, première difficulté sérieuse avec la côte de Saint Georges de

Luzençon, je marche tout le long et au 48eme j’aperçois dans l’autre sens le 1er qui revient déjà vers l’arrivée.  Il est impressionnant de fraicheur et il terminera en 7h12.

Le premier dans autre sens

Il fait beau tout va bien, mais peu après le 50eme km, une petite gène à un orteil m’oblige à un arrêt pour voir ce qui en est la cause. Ma podologue particulière qui m’accompagne me confectionne rapidement un pansement qui me protègera toute la fin de course.

Mon passage au 50eme :

Passage au 50ème Km

Au 52eme km , un groupe de supporter particulièrement bruyant m’encourage par mon prénom , un moment surpris, j’apprécie particulièrement . Et j’ai bien raison d’en profiter car jusqu‘à la fin du parcours je ne retrouverais pas de si vigoureux encouragements. Le manque de spectateurs pour les derniers dont je fais partie est un peu le défaut de la course.

Au 55eme km j’ai encore la force de plaisanter en passant le plus vite possible devant un radar

Radar

Au 60eme km, j’arrive à saint Rome de Cernon. Depuis quelques centaines de mètres je ressens un léger début de contracture au mollet et j’étais un peu inquiet pour la suite. De plus je me suis mis à penser qu’il me restait près d’un marathon à faire. C’est une grosse erreur de compter ainsi, le moral en prend un léger coup. Heureusement, un poste de kiné se trouve là et un neveu étudiant à Montpellier s’y trouve justement. Il me masse vigoureusement et je repars après avoir revêtu une couche supplémentaire et mis des manches longues et des gants. La fraicheurs s’installe et ne fera que s’accentuer sur la fin du parcours. Je ne le sais pas encore mais je viens de connaitre mon dernier moment de doute du parcours.

Je m’attaque à la cote de Tiergues avec Maryse qui m’accompagne maintenant en vélo. La cote est dure, je marche à un bon rythme et au sommet je suis heureux de trouver au ravitaillement une bonne soupe aux choux. Quelques coureurs y sont en difficulté et un car ramasse ceux qui décident de s’arrêter là. L’idée ne m’effleure même pas. Je repars et je croise le groupe qui accompagne le meneur d’allure que j’avais suivi au début. Mais je ne me rends même pas compte qu’ils ont 12 ou 13 km d’avance sur moi. La nuit commence à tomber, la descente vers saint Affrique se passe très bien. Les petites lumières qui serpentent le long de la route me rappellent que je ne suis pas seul.

Au 70eme km, j’entre dans Saint Affrique. Pas de spectateurs. Seuls quelque jeunes aux terrasses des cafés regardent ce cortège de fêlés  sans sourciller, tout en sirotant leur demi. Je reprends de la bonne soupe aux choux, et me nourri correctement, avant de repartir. J’ai pris la précaution de rajouter une 4eme épaisseur sous le coupe vent et je met le collant chaud pour courir. Il me semble que le froid s’intensifie, mais le moral est toujours bon.

J’attaque la remontée vers Tiergues, la 3eme côte est rude de ce coté aussi, mais à la différence de l’aller, ceux que je croise maintenant sont derrière moi. Qu’est ce que ça fait du bien de savoir que l’on n’est pas le dernier. Et, j’en croise tout de même pas mal. Au 77eme km, nouvelle soupe aux choux. La course de nuit avec Maryse à mes cotés est extra. Elle n’a plus de lumière à son vélo, et est donc tributaire de la lumière de ma frontale pour voir la route. Il fait froid, la nuit est belle et la lune encore bien ronde nous éclaire un peu, et lorsque je m’arrête pour satisfaire un besoin naturel dans la descente vers Saint Rome de Cernon, le bruit du gibier dans les fourrés me rappelle où je me trouve.

80eme km : arrivée à st Rome. Quelques gouttes de pluies me font craindre le pire pour la fin mais ça s’arrête assez vite.

80ème Km

Nouveau massage puis on repart. Les 10 premières secondes sont difficiles, j’ai du feu dans les mollets, puis très rapidement j’allonge ma foulée et incroyable, je cours encore. C’est ma fille maintenant qui a pris le vélo et Maryse suit en voiture profitant de la réouverture de la route à la circulation.

Je repasse devant le radar, mais moins vite qu’à l’aller. Au 85eme km, je demande aux ravitailleurs qui se trouvent là, les résultats du rugby et du foot. Ils ne sont au courant de rien.

88eme km : au ravitaillement de St Georges je suis toujours dans le coup pour terminer. Je me permets une bière et je m’attaque à la dernière grosse difficulté de la course. La cote qui monte vers le point de vue sur le viaduc est raide. Mais les étoiles sont au rendez vous et je vous jure que j’ai pris un pied incroyable à gravir cette cote en marchant. Quel bonheur de voir, au détour d’un virage, le viaduc éclairé. Ma fille me fait remarquer que le premier n’a pas eu cette chance. Il est passé à coté de ce spectacle. A l’heure qu’il est, il est déjà douché depuis longtemps et peut être assis devant sa télé à regarder Patrick Sébastien.  « Quel samedi de merde ! » conclue t’elle.

95eme km, Creissels dernier ravitaillement,  on y est presque. Là c’est sur je vais au bout et je peux même accélérer

km 95.

Les indications des km se succèdent maintenant tous le km, je retrouve les 96 et 97eme que j’avais repéré à l’aller. Le 98eme est sur le pont qui enjambe le Tarn, je n’en fini plus de doubler les concurrents qui marchent, j’en ai encore sous le pied. 99eme, dernière montée de la ligne droite avant le virage vers le parc  bien  nommé de la victoire. Même si à cette heure il n’y a plus que ma femme et ma fille pour m’encourager, je me sens pousser des ailes

Je rentre dans la salle des fêtes où est jugée l’arrivée et je double même sur la ligne encore 3 coureurs.

Arrivée

Le speaker annonce mon dossard, mon nom et ma ville, ça y est !je l’ai fait, je suis heureux et pas aussi  fatigué que je l’imaginais. Je me classe 1143eme sur 1309 coureurs classés. Un taux d’abandon de seulement 20%, les organisateurs n’avaient jamais connu ça. C’était plutôt 30% habituellement, surement l’absence de chaleur à du jouer, les organismes ont mieux résistés.  Je me restaure un peu, je retrouve là un copain des mollets ronds que j’ai vu plusieurs fois sur le parcours.

Je l’ai fait et qui aurait pu dire qu’aussitôt terminé, j’imaginerais bien recommencer …. un jour. Je comprends l’attrait pour ces grandes distances. La philosophie de course est différente de ce que j’avais connu jusqu’alors. C’est une aventure plus qu’une course, et les contacts sont peut être peu nombreux mais très sympas.

A tout ceux qui hésitent, tentez le, vous verrez bien, la description que j’en fais est bien en dessous de la réalité.

 


 

Photos des 100 km de Jean-Noël

 


Jean-Noël avant le départ
Jean-Noël avant le départ

Les vélos des accompagnateurs partent en premier et attendent leurs coureurs à Aiguessac.Les vélos partent en premier

Les premiers coureurs à récupérer leurs accompagnateurs.Les premiers du marathon

Jean-Noël au 5ème

Tout le monde est réuni

Jean-Noël retrouve son accompagnatrice.
Jean-Noël et son accompagnatrice

Le causse
Le causse

Le passage du 15ème km.
Passage au 15ème

Jean-Noël et Vincent Toumazou (dossard 1291), récent finisher de la Badwater : 217 km,  3962 m de
dénivelé positif dans la vallée de la mort par 40 à 45 ° C. On trouve toujours plus fou que soit.

Jean-Noël et Vincent

Le Tarn.
Le Tarn

La première difficulté du parcours sur la boucle du marathon : la côte de Peyreleau.

La montée de Peyreleau

La descente après le passage sous le Viaduc.

Pasage sous le viaduc

Quelques étirements.
Quelques étirements

Le viaduc de Millau au retour de Saint-Affrique.
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